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Radio Haiti
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Jérémie: Souvenirs et Réminiscences
par
Dr.
Carl
Gilbert
Jérémie,
la
cité
des
poètes,
la
ville
du
Nordé,
des
« Boulvari »,
des
« boboris »,
autant
de
surnoms
qui
sautent
à
mon
esprit
quand
on
parle
de
ce
patelin
situé
en
amphithéâtre
dans
la
baie
de
la
Grand'
Anse.

Une
vue
aérienne
de
Jérémie, à
l'arrière-plan,
on
voit
le
fleuve
de
la
Grand'Anse
qui
termine
sa
course
dans
la
mer;
au
milieu
on
peut
voir
le
quai
avançant
dans
la
mer.
A
l'avant-plan
on
peut
voir
la
zone
du
littoral
communément
appelée
La
Pointe.
Jérémie,
un
coin
pittoresque
de
la
presqu'ile
du
Sud.
Malgré
la
distance
qui
me
sépare
maintenant
de
cette
communauté
censée
la
cinquième
ville
d'Haïti,
cette
ville
où
j'ai
vu
le
jour,
je
ne
peux
pas
effacer
de
ma
mémoire,
quand
j'entends
évoquer
son
nom,
l'odeur
du
varech
qui
montait
le
soir
de
la
profondeur
de
la
mer
battant
le
ciment
dénudé
du
« warf »,
au
cours
de
mes
promenades
en
compagnie
de
mes
amis.
Dans
la
lumière
blafarde
de
la
lune,
nos
yeux
habitués
à la
demi-clarté
des
« black-out »
partiels
qui
régnait
sur
la
ville,
pouvaient
alors
détecter
la
silhouette
de
Ti
Simone,
l'épave
d'un
navire
qui
connut
dans
les
temps
perdus
les
cruautés
de
la
mer
rendue
furieuse
par
le
Nordé.
Vent
qui
quand
il
soufflait
faisait
gronder
ces
eaux
jusque
dans
leurs
abysses
mystérieuses
où
selon
la
légende
résidait
la
Sirène
entourée
des
autres
monstres
marins.
Ou
qui
donnait
soudainement
naissance
à
ces
`boulvari',
bouffées
violentes,
et
intenses
mais
brèves
qui
emportaient
tout
sur
leur
passage
et
recouvraient
la
ville
d'une
couche
blanche
et
poussiéreuse.

Une
vue
partielle
rapprochée de
la
basse-ville,
on
voit
également un
garçonnet
debout
sur
l'une
des
épaves
de
Valencia,
un
bateau
coulé
vers
les
années
1945
dans
la
rade
Jérémie
est
un
nom
qui
évoque
aussi
dans
ma
mémoire
les
`boboris'
chauds
au
goût
de
manioc,
de
hareng
saure
et
de
piment
vendus
au
bas
de
Bordes,
la
saveur
des
« Konparets »,
des
cassaves
« royal »
des
`tablets
roroli'
que
nous
dévorions
à
grandes
dents
au
cours
de
nos
promenades
du
samedi
matin.
Jérémie
c'est
aussi
la
chanson
des
petits
`restaveks',
petits
vendeurs
de
café
grillé
dont
la
chanson
(men
kafe
grille
men
gwo
konet
cafe
grille)
claire
de
voix
enfantine
allait
en
diapason
avec
l'Angélus
en
provenance
des
cloches
notoires
de
l'Eglise.
Tandis
que
l'aurore
projetait
ses
lueurs
imprécises
sur
le
morne
de
l'Hôpital.

Une
maison
du
style
Gingerbread
à
Bordes,
Haut
de
la
ville
(Photo
Robert
Large)
Je
revois
aussi
dans
ma
mémoire
l'image
de
la
Pointe,
dans
les
parages
des
Côtes-de-Fer,
où
les
enfants
endimanchés
se
rendaient
pour
sentir
à
nouveau
dans
l'air
que
berçait
la
brise
l'odeur
du
sel
marin,
une
senteur
plus
saine
que
celle
du
quai,
alors
que
le
vonvon
de
la
brise
du
soir
faisaient
voler
les
jupes,
découvrant
des
jambes
innocentes
de
jeunes
filles
venues
se
balader
avec
leurs
petits
amis—dans
des
amours
enfantines
qui
ne
duraient
qu'une
ou
deux
semaines.

Une
vue
de
la
Pointe
(Photo
Robert
Large)
En
entendant
quelqu'un
prononcer
le
mot
Jérémie,
je
ne
puis
pas
m'empêcher
de
songer
à
nos
groupes
d'amis
réunis
de
manière
régulière
au
coucher
du
soleil,
presque
chaque
samedi,
sur
la
Place
Dumas,
alors
que
nous
faisions
tour
après
tour
le
tour
de
la
Place,
parlant
de
tout
et
de
rien.
Je
pense
aussi
à
ces
parties
de
Scrabble
qui
nous
forçaient
à
trouver
les
mots
les
plus
rares,
sur
la
« galerie »
des
Jabouin
de
sorte
que
nous
puissions
compléter
avec
fierté
ces
parties
des
fois
surchauffées,
car
le
gagnant
se
donnait
ainsi
la
réputation
de
celui
qui
connaissait
le
nombre
le
plus
élevé
de
mots
dans
le
Petit
Larousse.
Une
vue
de
la
voldrogue
A
l'évocation
du
nom
de
cette
ville,
je
me
souviens
aussi
de
ce
soir
où
les
sirènes
des
voitures
militaires
s'étaient
mises
à
hurler
dans
les
rues,
interrompant
pour
des
dizaines
de
jeunes
réunis
au
Ciné Fox le
spectacle
du
film
le
Bossu
de
Rome,
car
le
chef
du
district
militaire,
ce
capitaine
à
l'air
hautain
et à
la
poitrine
bombée,
avait
voulu
que
les
rues
de
la
ville
fussent
désertées
sur
le
champ
parce
qu'il
devait
emmener
des
familles
entières
faites
aussi
de
femmes,
d'enfants
et
de
nouveaux-nés
à
« l'abattoir »
au
Numéro
Deux,
dans
un
cortège
lugubre,
accompagné
qu'il
fut,
ce
capitaine,
de
certains
personnages
de
la
ville
qui
croyaient
à la
fois
en
Dieu
et
en
Duvalier.
Cet
épisode
est
connu
depuis
lors
sous
le
nom
des
« Vêpres
jérémiennes ».
Un
épisode
qui
devait
marquer
cette
ville
à
tout
jamais,
et
qui
depuis
lors
fait
pleurer
Jérémie.
La
légende
nous
dit
que
chaque
fois
qu'on
passe
depuis
lors
dans
les
parages
de
Numéro
Deux
on
entend
toujours
à
l'orée
des
bois
les
cris
des
enfants
qu'on
égorgeait
à la
baïonnette
et
les
voix
suppliantes
des
femmes
que
ce
groupe
de
criminels
avait
violées
avant
de
les
terrasser
pour
toujours.

Les
pipirites
(radeaux
en
bambou)
sur
la
rivière
Grand-Anse,
à
l'entrée
de
Jérémie
Mais
il y
a eu
des
épisodes
moins
douloureux,
comme
les
souvenirs
de
matches
de
foot
où
Maurice
Léonce
était
l'une
de
nos
étoiles ;
il y
a eu
aussi
les
processions
religieuses
au
cours
de
la
fête
patronale de
la
Saint
Louis
chaque
25
août,
les
randonnées
dans
les
campagnes
avec
mon
père
qui
se
faisait
un
devoir
de
m'instiller
l'amour
de
la
terre
et
des
plantes ;
les
promenades
et
les
pique-niques
jusqu'à
l'Anse
d'Azur …
et
tant
d'autres
moments
joyeux
passés
en
compagnie
de
mes
parents
et
de
mes
amis
dont
certains
sont
éparpillés
maintenant
à
travers
le
monde.

Malgré des
années
en
dehors
de
ma
ville
natale,
j'ai
pas
abandonné
la
mer
O
Jérémie,
je
t'aime
et
je
te
porte
toujours
dans
mon
cœur !
Encore
des
articles
sur
la
ville
de
Jérémie
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